5. L’Arbre Séfirotique
5.1. La vision du Sefer Yetsira, le Zohar
La première section du Livre de la Création présente les « 32 voies merveilleuses de la Sagesse » par lesquelles Dieu a créé le monde : les 22 lettres et les 10 nombres primordiaux (les sefirot).
La première sefira est le pneuma (ruah) du Dieu. De ruah sort l’Air primordial, duquel naissent l’Eau et le Feu. Ce sont les secondes, troisièmes et quatrièmes sefirot. De l’Air Dieu créé les 22 lettres, de l’Eau le Chaos cosmique, et du Feu le Trône de la gloire et les hiérarchies des anges. Les 6 dernières sefirot représentent les 6 directions de l’espace.
Le Zohar comporte une étude importante de l’arbre sefirotique.
Les 10 sephiroth sont les 10 degrés du monde intérieur à travers lequel Dieu descend de sa retraite la plus intime jusqu’à sa révélation dans la Chekhina. Elles sont les parures de la Divinité, mais aussi les rayons de lumière qu’elle envoie.
Le monde des sephiroth est aussi le monde caché du langage, le monde des noms divins. Le développement de la vie en Dieu peut être exprimé comme le déroulement des éléments du discours.
5.2. Les dix sefirot
La lumière de l’en sof traverse les 10 sefirot, dans lesquelles elle se déploie et se diffracte sous des aspects différents. Toutes les forces de l’univers dérivent de ces éléments.
Le mot sefira recouvre différentes choses selon les auteurs. Elles sont comme un alphabet de 10 éléments ou de 10 forces qui se conjuguent entre elles.
Chaque sefira est à la fois féminine, en ce qu’elle reçoit la lumière, et masculine, en ce qu’elle la redonne. La lumière atteint la première sefira qui, une fois remplie, transmet la lumière en surplus à la sefira suivante. Quand la sefira reçoit mais ne transmet plus son surplus de lumière, elle explose, c’est la « brisure des vases ».
Le segol est un triangle formé, dans l’arbre séfirotique, de 2 sefirot des colonnes extérieures situées à la même hauteur et de la sefira centrale inférieure.
5.2.1. Kétèr, la suprême couronne ; l’art d’être présent à soi
La première sefira désigne la volonté divine primordiale, source de toute volonté.
C’est la première et la plus haute ouverture à la transcendance.
La kabbale insiste sur l’importance du passé et du futur. Mais le passé ne doit pas être la nostalgie d’une situation qui nous retient et nous bloque, et le futur ne doit pas être une fuite en avant.
Kétèr, c’est l’importance de l’instant présent, la capacité à assumer entièrement l’instant dans lequel nous sommes, sans se dire que l’on pourrait être ailleurs ou faire autre chose. C’est le secret du calme et de la sérénité de la vie. Avant d’entreprendre chaque action, il faut diriger son attention.
Kétèr se rapproche du « sans intention », du « agir sans agir » que l’on trouve dans le bouddhisme zen.
5.2.2. Hokhma, la sagesse ; savoir s’étonner et s’émerveiller
Hokhma, c’est l’éveil de la conscience au merveilleux qui imprègne le monde. Cet éveil commence par une remise en question. La sagesse dans l’étonnement et le questionnement constitue la Hokhma.
L’étonnement doit porter sur tout ce qui nous entoure, ce qui est proche de nous au jour le jour, avant de pouvoir s’attarder sur les « grands mystères ». C’est la capacité à être ouvert à la parole de l’autre, c’est la dimension d’écoute et d’ouverture. C’est l’humilité d’un esprit qui accepte encore d’apprendre.
L’étonnement et le questionnement libèrent l’homme de l’emprise de certaines habitudes de pensée, convictions, préjugés, etc. L’homme libéré n’est pas, il devient.
Hokhma est aussi l’ouverture vers le rêve, l’imaginaire et la poésie, en opposition avec le langage logique et froid de la Bina.
Enfin, dans la kabbale Hokhma est lié au père.
5.2.3. Bina, l’intelligence
La Bina, c’est la capacité qu’à l’esprit de déduire ou d’induire une chose de l’autre. C’est le raisonnement logique pur.
Bina est liée à la mère.
5.2.4. Daat, la sefira cachée
Daat est le ressenti, l’intelligence émotionnelle, résultant d’une expérience existentielle.
Daat est la rencontre harmonieuse de la logique et de l’imaginaire.
5.2.5. Héssèd, l’amour et la générosité
Héssèd est l’ouverture des formes closes, le mouvement, le dynamisme. C est la dynamique de l’être, le souffle vital.
Héssèd se rencontre dans tous les gestes qui disent le don et l’amour. C’est aussi le désir, désir insatiable d’infini.
Géométriquement, Héssèd est représenté par la droite : possibilité infinie de mouvement.
5.2.6. Din, la force, le jugement
Din, c’est littéralement la « loi », le « jugement ». Aussi bien la loi rituelle que juridique ou physique, c’est l’organisation contre l’anarchie. Din assure au monde la possibilité de perdurer.
Din est représenté par le point ou le cercle : absolument fermé, sans temps et sans espace, c’est une configuration close.
5.2.7. Tiférèt, l’harmonie
Dans la réalité, din et héssèd cohabitent en toute choses. Le monde ne serait pas s’il était l’un sans l’autre.
Tiférèt est l’équilibre entre ces deux forces, le clos et l’ouvert.
Anciennement appelée Rahamim dans le Zohar.
5.2.8. Le segol de Héssèd, Guévoura et Tiférèt
Héssèd, c’est l’amour et la générosité ; Guévoura (ou din), c’est la force, le jugement, la rigueur ; Tiférèt, c’est l’harmonie. Ces 3 sefirot sont organisées en segol.
Elles proposent une conception du bien et du mal. Est « bien » tout ce qui tend à être en accord avec la dynamique et la force créatrice qui anime le vivant ; est « mal » tout ce qui s’oppose à la vibration de la force créatrice du souffle du vivant. C’est un mal qui consiste à refuser la réalité d’un monde imparfait, c'est-à-dire la possibilité de perfectionnement et la liberté qui le met en œuvre.
Le mal dans notre monde réside dans tout ce qui entrave le rythme du perfectionnement et du développement, dans tout ce qui fige et affaiblit la spontanéité de la libre volonté.
Le paradoxe est que le « bien absolu » de la source divine, étant parfaite, ne peut plus évoluer, et ce manque de dynamisme représente un « mal ».
« La perfection de l’homme, c’est sa perfectibilité », ce que l’on peut mettre en parallèle avec ce qui dans l’art est la perfection des formes inexactes.
Le cercle symbolise la nécessité enclose à l’intérieur de ses lois, la fermeture qui interdit tout progrès de la liberté, le din. Au contraire, la ligne droite symbolise la liberté, la réalité en développement, le héssèd.
5.2.9. Nétsah, la victoire et la patience de Dieu
Nétsah signifie « victoire », dans le sens de la maîtrise sur quelque chose.
Nétsah est l’organisation de la vie dans le monde matériel. C’est la nécessité du politique, de l’économique et de la maîtrise des passions.
Le kabbaliste ne peut se contenter d’être un contemplatif, il doit aussi s’investir dans les réalités concrètes de ce monde.
5.2.10. Hod, la splendeur, la majesté
L’esthétique et la beauté fait partie de l’harmonie du monde. L’homme est à la fois un artiste et une œuvre d’art.
L’œuvre d’art est une ouverture du monde à son futur le plus essentiel : elle est la mise en mouvement, le chemin, le voyage…
La sefira Hod, c’est savoir retenir l’espérance et le rêve.
5.2.11. Yessod, le fondement, la transmission
Yessod est l’aspect de transmission et de don des éléments acquis dans les sefirot supérieures. C’est la capacité du « juste donner ». L’importance de la transmission est illustrée par le déversement bloqué de lumière dans les sefirot qui conduit à la « brisure des vases ».
Cette transmission, de père en fils, de génération en génération, revêt une importance fondamentale dans la tradition judaïque.
5.2.12. Malkhout, le royaume
Malkhout est le point d’orgue de la kabbale, c’est la réception achevée, la traduction des sephiroth dans le monde de la réalité et dans le temps de l’histoire.
Cette sephira est aussi vue comme l’archétype mystique de la communauté d’Israël, ou encore comme la Chekhina.
5.3. Les trois colonnes
Il n’y a pas une simple verticalité entre le monde d’en haut et celui d’en bas, il y a trois colonnes verticales parallèles. Il y a la colonne de l’amour à droite (héssèd), celle de la justice à gauche (din ou guevoura), et la colonne centrale de l’harmonie, synthèse des deux colonnes latérales (tiférèt).
Les trois axes se rejoignent dans la dixième sefira du « royaume » (malkhout). Là, trois font un.
Le christianisme, avec son culte de l’amour, se laisserait porter par héssèd. L’islamisme, au contraire, suivrait din à l’extrême. La religion bouddhique serait attachée à l’axe du milieu. Elle est la plus proche du judaïsme et de l’esprit de la kabbale.
5.3.1. Héssèd, la colonne de la générosité
Héssèd se traduit par « amour », mais amour vu dans un sens très large.
Le héssèd, c’est la force d’expansion et d’extension qui se laisse aller à sa nature, de manière large, généreuse et spontanée. Il n’a dont pas un sens seulement positif. C’est aussi le monde qui va vers son maximum de désorganisation.
C’est la spontanéité de la nature humaine, ses orientations immédiates, ses intuitions, le cœur, le sentiment, la pulsion à l’état pur.
L’image de l’eau, qui prend toutes les formes et qui déborde et se répand partout quand elle n’est pas maîtrisée, illustre bien héssèd.
5.3.2. Guevoura, la colonne de la justice
Guevoura, c’est la « rigueur », la force de limitation, de détermination et de définition. C’est la sphère de la loi et de la différence. Elle est la séparation et la distinction entre les termes en relation.
C’est la raison, la définition, la catégorie.
5.3.3. Tiférèt, la colonne de l’harmonie
La réalité véritable consiste dans l’équilibre des deux forces. C’est la relation à égale distance entre domination et soumission, fusion et altérité, continuité et séparation.
5.4. Le symbole de l’arbre
L’arbre est un des symboles les plus importants de la kabbale, il symbolise la vie. Le « Grand Arbre » est l’arbre du monde, l’arbre sefirotique et l’arbre de vie. Sa racine se situe dans l’en sof, l’arbre croit de haut en bas.
L’homme est appelé le « petit arbre ». Il est aussi le lieu des 10 sefirot. L’homme aussi est « debout » et « porteur de fruits ». Dans le Zohar, l’image de l’homme est aussi souvent employée que celle de l’arbre.
L’arbre, avec son cycle annuel, rappelle à l’homme la renaissance des morts.
Enfin, la guematria montre que l’un des mots pour désigner arbre a la valeur 91, comme l’ange malakh. Or, tout deux apportent la lumière des sefirot au monde.
6. Les chevaux de feu
6.1. L’alphabet
6.1.1. Les écritures
L’alphabet hébraïque possède 3 formes essentielles : les kabbalistes jouent à la fois sur la forme, la signification et la valeur numérique.
La première écriture, en importance et en usage, est celle que nous connaissons aujourd’hui. C’est l’« écriture assyrienne ».
La seconde écriture est l’écriture cursive, utilisée pour écrire rapidement à la main et pour les textes non liturgiques.
La plus ancienne écriture est le protosinaïque. Cet alphabet dérive des hiéroglyphes égyptiens. Il est constitué de pictogrammes qui ont valeur de consonne.
C’est de cet alphabet qu’ont dérivées de nombreuses écritures : cananéenne et phénicienne, araméenne, hébraïque, …
6.1.2. Les lettres
L’énergie du divin transite jusqu’au monde d’en bas à travers les lettres de l’alphabet et le texte de la Tora. La langue hébraïque est la « langue sainte ».
Le monde ne préexistait pas au langage, mais il se forme en lui et par lui. La matière du monde repose sur la structure de l’alphabet hébraïque.
Lors du passage du néant absolu à l’être, la matière pris naissance sous la forme d’un point de matière insécable et infinitésimal. Par un jeu de forces équilibrées, il resta immobile. Puis un déséquilibre dans ces forces le fit bouger pour former une droite. Puis le point bougea dans une autre direction, formant le plan.
On retrouve ici les trois formes géométriques primordiales qui sont à l’origine de l’alphabet hébraïque. Toutes les lettres sont constituées d’une combinaison de ces trois éléments, qui se retrouvent purs dans dalèt (plan), vav (droite) et yod (point).
La métaphore du feu est omniprésente dans les textes de la kabbale, notamment pour parler du texte et de ses différents composants. Les lettres ont accueillit la lumière du rayon lors du second tsimtsoum. Elles sont les « chevaux de feu », les mots sont les « chariots de feu ».
Aleph, la « première lettre construite », se compose des trois éléments.
Aleph est une lettre qui se voit mais c’est la seule lettre qui ne se prononce pas du tout. Elle est silence. C’est le plus haut degré de la clarté qu’aucun mot ne peut venir exprimer ni explorer. C’est également le symbole de l’énergie.
On retrouve la théorie des écorces dans les lettres. La lumière d’aleph étant trop forte, elle vient s’habiller dans une autre écorce : la deuxième lettre bèt. Et ainsi de suite jusqu’à la dernière, tav, qui en contient 21, et pour laquelle la lumière est très faiblement perceptible à cause des trop nombreux écrans. La valeur numérique pourrait être vu comme le nombre de qlipot protégeant la lumière qui se trouve dans la lettre.
Introduire des silences, des espaces dans un texte, le remodeler par circoncision textuelle, transforme le lecteur en créateur. Cette idée du vide signifiant se retrouve dans les pensées chinoise et japonaise.
Ainsi il existe 4 livres :
- La « Tora de Dieu » est un texte où il n’y a que des lettres, un seul grand mot sans coupure ni ponctuation, sans possibilité de perception sémantique. Ce texte est vu comme l’ensemble des noms de Dieu.
- La Tora de Moïse est le texte généralement connu, constitué des mots que Moïse a produits par l’introduction de coupures.
- La Tora des hommes consiste à produire de nouveaux mots et de nouveaux sens à partir du précédent.
- La Tora du Messie est le texte que nous lirons quand nous serons capable de lire les lettres blanches entre les lettres noires.
6.1.3. Correspondances
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A
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Aleph
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1 ou 1000
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Tête de taureau
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Force, énergie, être humain, possibilité, commencement, enseignement
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B
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Bèt
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2
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Maison
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Intériorité, acceuil, couple, intimité, famille, abri, voûte céleste
|
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C
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Guimèl
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3
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Chameau, dromadaire
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Sortir de soi, porter au-delà de soi, faire du bien, sevrer, mûrir, se libérer de, rendre le bien pour le bien
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D
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Dalèt
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4
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Porte, ouverture
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Sein de femme, sexe féminin, descendance, abondance, verser, répandre, entrer, sortir, puiser
|
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E
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Hé
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5
|
Souffle
|
Cri, homme en prière, respiration, expression, marque du féminin, de la direction et de la question, vide du souffle et de l’énergie
|
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F
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Vav
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6
|
Crochet, clou
|
Coordination, canal, tuyau, doigt, phallus, volonté d’entrer en relation, coït
|
|
G
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Zayin
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7
|
Flèche, arme
|
Relation à l’autre, guerre, conflit, face-à-face, révolution, fracture, distance, logique de contradiction, traversée, inadéquation, questionnement, temps, cycle, multiplicité, lois morales, …
|
|
H
|
Hèt
|
8
|
Barrière
|
Clôture, rempart de protection, temps présent, enfermement
|
|
-
|
Tèt
|
9
|
Bouclier
|
|
|
I,J
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Yod
|
10
|
Main
|
Prendre, donner, échanger, montrer, compter, multiplicité, structuration, unicité, bénédiction
|
|
K
|
Kaf
|
20
|
Paume de la main
|
Creux, recevoir, prendre, donner, commerce, caresse, temps, couvrir, bénir
|
|
L
|
Lamèd
|
30
|
Aiguillon
|
Aiguillon du désir, faire avancer, dynamiser, étudier, enseignement, dépassement, hauteur, se créer, s’inventer, se dépasser
|
|
M
|
Mèm
|
40
|
Eau
|
Mouvement, dynamisme, chemin, identité en mouvement, questionnement sur notre identité, question sur l’origine
|
|
N
|
Noun
|
50
|
Poisson
|
Le caché, l’intime, le féminin, lieu où l’on se blottit, fœtus dans les eaux matricielles, vie, naissance à venir, enfant, petit-enfant, descendance, multiplicité, abondance, bénédiction
|
|
O
|
Ayin
|
70
|
Œil
|
Voir, regarder, apparaître, disparaître, source, seuil, passage, consulter, découvrir, traduction, langues étrangères
|
|
P
|
Pé
|
80
|
Bouche
|
Parler, manger, respirer, dégager, exhaler, ouverture, sexe, transmission de la mémoire, récit
|
|
-
|
Tsadè
|
90
|
Hameçon, ancre
|
|
|
Q
|
Qof
|
100
|
Couperet
|
Séparation, interrompre, trancher, geler, imiter, faire un trou et considérer le vide, chas d’une aiguille, puiser dans les profondeurs
|
|
R
|
Rèch
|
200
|
Tête
|
Commencement, être en tête, avoir de l’esprit de direction, l’extrême, dimension intellectuelle
|
|
S
|
C
|
300
|
Dent
|
Avoir l’esprit d’analyse, mâcher, réduire, tirer à l’arc, envoyer, lancer
|
|
T
|
Tav
|
400
|
Signe
|
Marque, note de musique, symbole, rencontre, alliance, compléter, désigner, fin d’un processus extrême
|
|
U,
V,
W
|
Vav
|
6
|
Crochet, clou
|
Voir le F
|
|
X
|
Samèkh
|
60
|
Arbre avec branches
|
Squelette, charpente, infrastructure, échelle, bâton pour s’appuyer, arête de poisson
|
|
Y
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Yod
|
10
|
Main
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Voir le I
|
|
Z
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Zayin
|
7
|
Flèche, arme
|
Voir le G
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6.2. Le Tsérouf, l’art de la combinatoire des lettres
La lumière divine arrive aux hommes par l’intermédiaire des lettres, et de façon dynamique par le langage ou la permutation de celles-ci.
L’énergie que l’homme reçoit prend forme en lui et risque de devenir prisonnière si elle ne poursuit pas son voyage. Il se forme alors des « nœuds », et la technique combinatoire des lettres appelée tsérouf aide à les dénouer.
La racine d’un mot hébraïque est formée en général de trois lettres. L’analyse consiste à examiner toutes les combinaisons de ces trois lettres (donc 6) et à y découvrir une logique interne ou externe et un sens.
Logique interne signifie articulation d’une certaine logique sémantique entre les différentes combinaisons. Logique externe implique une recherche d’articulation avec d’autres mots et d’autres horizons qui se rapportent à la nouvelle combinaison.
Un mot a toujours un sens premier qui lui est conféré par la loi de successivité de ses lettres, loi nommée rétsèf. C’est la première phase de l’art combinatoire.
La deuxième phase est celle du degré zéro de signification, ou rafats. C’est l’étape d’égarement, de silence, nécessaire avant un nouveau démarrage. Pour apprendre, il faut commencer par oublier.
Après le réfèts et le rafats, la vie dynamique interne au mot supplie le mot de pouvoir dire autre chose. Cette supplication est patsar. Le sens fait alors une « brèche », c’est le stade du parats. Le mot est mûr pour une nouvelle « combinaison » (tsérouf), le sens est libéré et s’envole, c’est le tsipor, c'est-à-dire l’« oiseau ».
6.3. Quelques permutations
Les permutations simples consistent à décaler d’une lettre vers l’arrière ou l’avant les lettres d’un mot, formant respectivement un hypogramme ou un métagramme.
La permutation AT-BaCh, liée à Héssèd, associe aux 11 premières lettres les 11 suivantes dans l’ordre inverse. Ainsi aleph devient tav, bèt devient chin, etc.
La permutation El-BaM, liée à Din, n’inverse pas l’ordre lors de l’association, et donc aleph devient lamèd, bèt devient mèm, etc.
La permutation peut aussi associer à une lettre la lettre correspondante d’un autre niveau des groupes unités, dizaines, centaines.
On peut également transformer une expression en un mot constitué des lettres initiales ou finales, ou inversement retrouver une expression à partir des lettres d’un mot. C’est le notarikone.
La temoura consiste à prendre un mot, le décomposer en 2, puis permuter quelques-unes des lettres.
7. Guematria
La guematria est une méthode d’ouverture, d’interprétation et de dynamisation de la pensée. Ce n’est qu’un prétexte, un tremplin, à la réflexion. Elle ne doit pas se réduire à une simple technique.
Elle permet une lecture infinie des mots et des textes. Le livre devient le lieu d’une explosion, illustré par l’expression « lire aux éclats ».
La numérotation alphabétique est de base décimale. Elle associe une valeur aux 22 lettres, plus les 5 finales, selon trois niveaux :
- Les 9 premières lettres : unité simple, de 1 à 9.
- Les 9 suivantes : dizaines, de 10 à 90.
- Les 4 dernières : centaines 100 à 400 ; les 5 finales : centaines de 500 à 900.
Les lettres kaf, mèm, noun, samèkh, pé et tsadé ne s’écrivent pas de la même façon quand elles sont en fin de mot, et ont des valeurs numériques différentes. Cependant, chez la grande majorité des kabbalistes cette règle n’est pas respectée.
La guematria simple est la plus utilisée. C’est l’addition des valeurs numériques des lettres constituant le mot.
La guematria simple déployée consiste à écrire les lettres constituant le mot, et à faire l’addition de toutes les valeurs. Ex : pour yélèd, yod-lamèd-dalèt, yod s’écrit yod-vav-dalèt (10+6+4=20), lamèd s’écrit lamèd-mèm-dalèt (30+40+4=74), dalèt s’écrit dalèt-lamèd-tav (4+30+400=434), pour un total de 528.
La petite guematria ne tient compte que des unités. Ainsi 10 et 100 deviennent 1. Les résultats supérieurs à 9 sont réduits (26 devient 2+6=8).
La guematria dynamique cumulative (riboua) écrit le mot en une suite progressive de lettre. Ex : pour VIE, V, puis VI, puis VIE. La somme se fait sur l’ensemble.
La guematria différentielle s’intéresse au lien numérique entre deux lettres. Ex : entre chin (300) et mèm (40), le lien est de 260.
La guematria selon l’ordre alphabétique (guematria sidouri) donne à chaque lettre la valeur numérique correspondant à sa place dans l’alphabet.
Le kollel est l’ajout de 1 à la valeur usuelle du mot. C’est la méthode « avec inclusion ».
7.1. Exemple d’interprétation : en sof, le masculin e, le féminin
La guematria montre que la lumière (or) a une valeur de 207, et la réception (qabbala) de 137. La kabbale et le lien entre la lumière et la réception, et vaut 207 – 137 = 70. Or le secret (sod) vaut 70.
« Masculin » a la même valeur numérique 227 que « comme la lumière » (ké-or) et « Féminin » que ké-qabbala avec 157. Le lien entre masculin et féminin est aussi de 70 et constitue le secret fondamental de la kabbale.
En hébreu, « existence » est un anagramme du Tétragramme, et a la même valeur numérique 26. Amour vaut 13, et la rencontre de l’amour entre masculin et féminin vaut donc 2 x 13=26.
7.2. Curiosités avec les nombres parfaits et amicaux
Le mouvement kabbalistique a eu des nombreuses rencontres avec les mathématiques. Ainsi, il existe de nombreux parallèles entre la kabbale et la fraternité pythagoricienne. Les influences ont dû être réciproques.
Les nombres « excessifs » sont ceux dont la somme des diviseurs est plus grande que le nombre lui-même. Inversement pour les nombres « imparfaits ».
Les nombres « parfaits » sont ceux qui sont égal à cette somme. Il y a 6, 28, 496, 8128, …
Le 6 est très utilisé dans la tradition judaïque. Le premier mot de la Bible (qui signifie « il créa six ») se compose de 6 lettres. Le monde est créé en 6 jours, avant le Chabbat. Le monde est créé pour 6000 ans, le septième millénaire sera le temps messianique. On retrouve souvent ce schéma 6+1.
Le premier verset de la Genèse comporte 28 lettres. 28, c’est également les 2 mains (14+14), et 28 s’écrit en un mot qui signifie « force ».
Les nombres amicaux sont des paires dont chacun est la somme des diviseurs de l’autre. La paire 220 – 284 est devenu le symbole de l’amitié.
7.3. Dieu et le nombre Pi
Chaddaï est le nom de Dieu qui désigne la force qui interdit à l’infini de réinvestir le vide qu’il avait laissé lors du tsimtsoum. Ce vide sphérique sera réinvestit par le rayon de l’adam qadmon.
Or la guematria donne la valeur 314 au mot chaddaï.
De plus, la valeur rationnelle de Pi (22/7) réfère à l’articulation entre les 22 lettres de l’alphabet et le chiffre 7.
8. Le Tétragramme YHVH
8.1. Les noms de Dieu
Le Tétragramme, sans aucune voyelle, ne se prononce pas, c’est comme un trou dans le langage, à partir duquel le langage lui-même prend sens. Cette absence de prononciation crée une distance infranchissable, supprimant la possibilité de tenir Dieu pour un objet.
Même si Dieu est unique, la façon dont il se révèle aux hommes est multiple. L’étude de différents noms de Dieu est un objet essentiel de la kabbale.
On relève 10 noms de Dieu :
Yhvh : ne se prononce pas. C’est le nom ineffable. Il apparaît dans un contexte où Dieu se manifeste selon l’attribut de générosité ou de compassion. Valeur numérique simple de 26, valeur simple déployée de 45.
Adny : se prononce adonaï, c’est la forme sonore de Yhvh. Il est interdit de le prononcer en vain. Valeur numérique simple de 65
Yah : déviré de Yhvh, il est la force d’unité au sein du couples, des mondes d’en haut et des mondes d’en bas, du ciel et de la terre, … Valeur numérique simple de 15.
El : nom qui veut dire Dieu, mais aussi « vers ». Il vient souvent en complément d’un autre nom divin, un adjectif ou un complément. Valeur numérique simple de 31.
Elohim : Dieu de la Création. C’est un des noms les plus usités. C’est la manifestation des forces de la nature. C’est El additionné de 2 lettres de Yhvh. Il est de l’ordre du dinet apparaîtra donc dans un contexte où Dieu se manifeste selon sa rigueur. Valeur numérique simple de 86.
Eloha, Ehyeh, Chaddaï, El Chaddaï, Tsevaot.
Toute la littérature kabbalistique souligne le rôle essentiel des noms divins dans l’obtention de l’état mystique. Il s’agit d’utiliser le nom de Dieu comme un moyen d’accéder à l’état prophétique.
La connaissance du nom de Dieu n’est autre que la connaissance de son usage, et de ses pouvoirs.
8.2. Interprétations
YHVH peut être vu comme le résultat de l’histoire du point primordial et de ses métamorphoses. C’est un « point qui retourne au point ».
La valeur 26 est unique dans tout l’univers mathématique en ce sens qu’il est le seul entier compris entre un carré et un cube : 5.5<26<3.3.3. C’est la valeur par la guématrie simple de YHVH.
Le Tétragramme signifie « passé », « présent » et « futur » par la combinaison de ses lettres hvh, hyh et yhh. C’est l’ouverture aux trois dimensions du temps. De plus, hvy est l’« existence ».
La main fermée est associée à yod, la main ouverte à hé (car 5 doigts). Prolonger le geste d’ouverture par un mouvement du bras qui s’étend à l’autre dessine le vav. La main qui reçoit s’ouvre aussi. Ainsi le Tétragramme s’écrit à chaque fois qu’à lieu un échange.
9. Autres éléments
9.1. La kabbale en milieu chrétien
Mal comprise par les chrétiens, la kabbale joua cependant un grand rôle dans l’histoire des idées de l’Europe entre XIV et XIX.
A partir de 1450, les cercles d’humanistes s’intéressent aux traditions juives et à la kabbale, en particulier au Zohar qui est traduit en plusieurs langues. La kabbale était vue, même par certains juifs, comme une tendance du judaïsme proche du christianisme.
Les principaux auteurs chrétiens sont Pic de La Mirandole (Italie, 1463-1494), Johannes Reuchlin, von Nettesheim (Allemagne), Paracelse (Suisse), Guillaume Postel (France), Robert Fludd (disciple de Paracelse, Angleterre), … On retrouve dans l’œuvre de Jakob Boehme (1575-1624), un peu plus tard, l’inspiration de la kabbale.
Ces auteurs avaient tous un attrait pour l’occulte, et seront à ce titre soupçonnés d’hérésie. C’est à travers ces auteurs que la kabbale entre dans le patrimoine spirituel et littéraire de l’Occident (Goethe, Wagner, Nietzsche, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Spinoza, Leibniz, …).
Mais 1550 marque le début de la Contre-réforme : les livres hébraïques sont brûlés à Rome, les juifs de presque toutes les villes d’Europe sont parqués en ghettos. La kabbale est associée dans l’esprit populaire à des recettes de guérisseurs, et influencera ainsi l’occultisme « traditionnel » sous une forme déformée et caricaturale.
9.2. Les rites
Une des idées fortes du judaïsme est l’idée d’acte, de geste. On parle beaucoup plus d’action que de foi, d’où la prééminence des rites. Les rites hébraïques consistent principalement à rapprocher l’homme de Dieu, à ré harmoniser les participants.
De nombreux objets de rituels sont conçus pour intégrer le Tétragramme.
9.3. Kabbale et thérapie
La kabbale oriente l’existence vers le bien-être, en soulignant que le physique et le psychique sont étroitement liés. La maladie provient d’un obstacle à la circulation de l’énergie vitale, d’obstructions dans les canaux (tsinorot) reliant l’homme à l’infini. De part la présence de la lumière-influx dans les lettres et les mots, la mise en mouvement du langage est le centre de la technique kabbalistique pour accéder à l’équilibre et à la santé.
La kabbale est un plaidoyer pour une existence joyeuse et heureuse. Rabbi Nahman dit « C’est une grande mitsva (bonne action) d’être toujours dans la joie ».
9.4. Astrologie et kabbale
Le calendrier hébraïque est à la fois lunaire et solaire, les mois s’accordent aux rythmes de la lune. C’est tardivement, après l’exil de Babylone, que les juifs utiliseront des noms pour les mois, d’origine babylonienne.
Les 6 premiers mois, du Bélier à la Vierge, sont masculins, reliés au désir de donner, et correspondent au 2 premières lettres du Tétragramme : YH.
Les 6 mois suivants, de la Balance aux Poissons, sont féminins. Ce sont les réceptacles, ils reçoivent. Ils correspondent aux lettres VH du Tétragramme.
Chaque mois est aussi associé à une lettre, une valeur numérique, etc.
Le point capital est que l’astrologie kabbalistique ne détermine pas un futur et un destin figé pour emprisonner l’homme, mais au contraire montre un destin afin que l’homme puisse s’en libérer. La soumission à la fatalité et au destin est considérée comme un désastre.
10. Lexique
Chekhina : présence divine.
Devéqout : la montée de l’âme.
En sof : infini.
Gigoul : la transmigration.
Maassé beréchit : l’œuvre du commencement.
Maassé merkavah : l’œuvre du char.
Malakh : ange, littéralement « envoyé ».
Meqoubal : « celui qui est reçu » désigne les kabbalistes.
Mitsva : rite hébraïque, littéralement « obligation ».
Nigoun : le chnt de l’étude.
Rafats : degré zéro du sens du tsérouf.
Riboua : guematria dynamique cumulative.
Rétsèf : loi de successivité des lettres dans le Tsérouf.
Segol : triangle formé de 3 sefirot dans l’arbre.
Semikha : l’imposition des mains.
Technouva : le mouvement cosmique de retour.
Tsadiq : le juste du hassidisme.
Yéshiva : la maison d’étude des kabbalistes.